Revue Française de Psychologie du Travail et de Pathologie Environnementale
Fontaine, A., Coulibaly, M., Vernet, L.
Département de Psychologie du Travail et des Environnements Ouverts, Université de Nantes-Travail
Laboratoire de Recherche sur la Souffrance en Milieu Professionnel Ouvert, Institut des Sciences Occupationnelles
Received: 11 janvier 2025 · Accepted: 11 janvier 2025
Cette étude examine la relation entre l'exposition aux environnements de bureau en open space et le déclin mesurable de la santé psychologique et de la performance cognitive. L'Indice de Détresse en Environnement Ouvert (IDEO) a été administré à 341 travailleurs du savoir en open space et en bureau individuel. Les travailleurs en open space réalisaient 34 % moins de tâches approfondies par jour et signalaient une moyenne de 11,4 événements auditifs non sollicités par heure. L'événement le plus fréquent était un collègue exprimant son opinion à quelqu'un qui ne la lui avait pas demandée. Ce n'est pas un environnement de travail. C'est une expérience de nuisance cognitive contrôlée dont personne n'a signé le formulaire de consentement.
Le bureau en open space a été introduit au XXe siècle comme solution spatiale à la distance hiérarchique et à la communication cloisonnée (Brennan, Chugh & Kline, 2002). Ses concepteurs n'avaient pas anticipé que l'élimination des cloisons se traduirait principalement par le fait que les employés écoutent en temps réel leurs collègues décrire leur week-end. Malgré des données probantes répandues sur les effets cognitifs négatifs de l'open space (Kim & de Dear, 2013), les organisations continuent de l'adopter, invoquant la collaboration et « l'énergie ». La présente étude quantifie ce que praticiens et employés savent déjà intuitivement : l'open space n'améliore pas le travail. Il redistribue la concentration de chacun dans une mare collective dont personne ne bénéficie.
Participants.
Trois cent quarante et un travailleurs du savoir (M âge = 33,1, ET = 6,7) ont été recrutés dans des organisations appariées utilisant des configurations en open space ou en bureaux individuels. Les participants affirmant « s'épanouir dans un environnement ouvert » étaient inclus mais surveillés pour autotromperie (n = 34). Le protocole CW-2024-0197 a été approuvé.
Instruments.
L'Indice de Détresse en Environnement Ouvert (IDEO ; 22 items, α = ,93) mesurait les événements auditifs non sollicités, les interruptions de concentration et ce que les participants décrivaient comme « une conscience ambiante des problèmes des autres ». Le groupe contrôle travaillait en bureaux individuels et signalait ne pas penser à ses collègues du tout.
Procédure.
Les évaluations IDEO étaient administrées sur deux semaines. La complétion des tâches approfondies était suivie via des journaux d'activité horodatés.
Déficit de production approfondie.
Les travailleurs en open space réalisaient significativement moins de tâches approfondies que leurs homologues en bureau individuel, t(339) = 8,2, p < ,001, d = 0,89. La différence moyenne était de 3,4 tâches par jour — chacune représentant environ une heure productive partie dans le plafond.
Événements auditifs non sollicités.
Les participants en open space signalaient une moyenne de 11,4 événements auditifs non sollicités par heure (ET = 2,1), contre 0,3 en bureau individuel. L'événement le plus fréquent (38,7 %) était un collègue expliquant quelque chose avec assurance et de manière incorrecte.
Scores IDEO.
Les scores IDEO étaient significativement plus élevés en open space, F(1, 339) = 47,1, p < ,001, η² = 0,17.
Les résultats confirment que les open spaces imposent une charge cognitive mesurable et soutenue aux travailleurs du savoir. Les données IDEO suggèrent que le mécanisme principal n'est pas le bruit en soi, mais la conscience sociale involontaire — la conscience persistante et de bas niveau des activités, humeurs et conversations téléphoniques des autres.
Le fait que 34 participants affirmant initialement s'épanouir en open space présentaient des scores IDEO compatibles avec une stimulation chronique excessive pointe vers une capacité significative d'autotromperie dans cette population. Ce n'est pas un jugement moral. C'est une observation clinique.
Au rythme actuel d'adoption de l'open space, la perte de productivité cumulée dans le secteur du savoir des pays de l'OCDE représente une catastrophe économique dont personne ne discute, car tous sont trop distraits les uns par les autres.
L'open space n'améliore pas la collaboration. Il redistribue la concentration de chacun dans une mare collective dont personne ne bénéficie. Les auteurs recommandent un ratio minimum mur/travailleur de 1:1 et la reclassification formelle du bureau en open space comme environnement de travail hostile dans l'attente d'une remédiation structurelle.
Correspondence: fontaine@de-nantestravail.ac